SI C'EST UN HOMME, Primo Levi

Si c'est un homme

 

" On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce.C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur.Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité. "Angelo Rinaldi" Ce volume est aussi important que la Bible. Un Livre fonda une religion humaniste il y a des millénaires. Un autre Livre raconte la fin de l'humanité au XXe siècle. " Frédéric Beigbeder

 

 


Titre Original : Se questo è un uomo
Titre Français :
Si c'est un homme
Auteur :  Primo Levi
Pages : 213
Prix :  6,20 € (poche)
Editions : Pocket
Date de parution française : 1 Janvier 1988

Mon Avis

L’histoire commence, Primo Levi est un homme juif capturé en Italie, son pays d'origine et emmené en Pologne dans le camps d'auschwitz dans un train surbondé. Puis le cauchemard commence.

Primo Levi nous explique dès le commencement qu'il n'écrit pas son livre pour crier vengeance ou justice. Il l'écrit par nécesité et pour devenir un document historique. Il nous explique les faits simplement, sobement, analyse les comportements de l'homme, la hiéarchie au sein du camps... Au début, l'homme est perdu et l'écriture nous transmet cette confusion. Ensuite, avec le temps, il s'habitue et survit miraculesement, comprenant la dure loi du camps. L'écriture est vraiment bien, je trouve. Elle évolue comme s'il écrivait au moment des faits. Ses sentiments d'alors sont retranscrits et je trouve ça vraiment génial. Je ne vais pas faire de ma critique un commentaire de l'oeuvre. Simplement, j'ai du lire l'oeuvre pour les études et, j'ai été surprise d'aimerma lecture. J'ai vraiment appris des détails qui nous manquent à tous. Qui aurait cru qu'un Lager (camp) soit si terrible ? J'ai vraiment beaucoup aimé que Primo Levi reste objectif, il énonce les faits. Certes, on sait qu'il est contre l'extermination (qui ne l'est pas ?) mais, il ne juge pas. Il nous laisse ce privilège. Et c'est vraiment, du coup, très, très agréable de ne pas lire un appitoiement. Malgré le fait que je comprendrais totalement, et que ce serait normal même, eh bien, j'aurais moins aimé la lecture. Je trouve qu'elle en a été rendu d'autant plus crédible. (C'est mon sentiment après avoir aussi lu Génocidé de Reverien Rurangwa.)

J'ai été très attachée aux personnages de Primo Levi et Alberto. Primo Levi ne parle quasiment jamais de lui, mais j'ai suivi son histoire d'homme décharné jusqu'au bout. J'ai vraiment été triste quand j'ai appris qu'il s'est donné la mort. Et Alberto, un optimiste, un homme bon. Et tous les autres personnages dont Primo Levi a été attaché m'ont aussi touchés.

Ce qui est terrible, c'est que comme beaucoup, je pensais que dans la souffrance, les hommes s'unissent. Même pas ! Ils sont réduits à des bêtes, déshumanisés, perdant tout sens moral. Tout ce qui compte, c'est la survie, mais la survie n'est possible qu'au détriment des autres.

Un autre détail avant de conclure, je trouve que Primo Levi a du géni dans sa façon d'écrire. Il n'est pas écrivain, mais parfois, il glace le sang en en disant peu. Beaucoup est sous-entendu, d'où la sobriété. 

En bref, le témoignage n'est pas mon domaine de prédilection, mais je suis vraiment heureuse, oui, heureuse, d'avoir eut à le lire. Un bon témoignage objectif qui m'aura grandi. Je le conseille vraiment et je pense qu'il est disponible aux lycéens car il est soft. Les deux choses les plus crades qui l'ont marquées, c'est quand il se prend un coup de poing en pleine tête et qu'il dit que c'est le meilleur coup de poing à recevoir : il assome ; et l'autre passage : quand il explique que les couvertures des hôpitaux sont sales d'excréments, de vomi, de sang et de pus, mais tout le monde tient quand même à cette couverture.

Sur ces mots doux, je vous laisse tester. Bonne lecture !

Citations / Extraits

"C'est curieux comme, d'une manière ou d'une autre, on a toujours l'impression qu'on a de la chance, qu'une circonstance quelconque, un petit rien parfois, nous empêche de nous laisser aller au désespoir et nous permet de vivre."

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"Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,2
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.
"

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"Enfermez des milliers d'individus entre des barbelés, sans distinction d'âge, de condition sociale, d'origine,de langue, de culture et de mœurs, et soumettez-les à un mode de vie uniforme, contrôlable, identique pour tous et inférieur à tous les besoins : vous aurez là ce qu'il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d'expérimentation, pour déterminer ce qu'il y a d'inné et ce qu'il y a d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie."

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"On a parfois l'impression qu'il émane de l'histoire et de la vie une loi féroce que l'on pourrait énoncer ainsi: " Il sera donné à celui qui possède, il sera pris à celui qui n'a rien.""

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"Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n'est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s'il n'est pas fautif, plus éloigné du modèle de l'homme pensant que le plus fruste des Pygmées et le plus abominable des sadiques."

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